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Retraite progressive : travailler à temps partiel en percevant une partie de sa pension

Par , expert retraite — publié le 06/08/2026

La retraite progressive permet de réduire son activité tout en percevant une fraction de sa pension, sans cesser d'acquérir des droits. Depuis le 1er septembre 2025, elle est ouverte à 60 ans pour toutes les générations, sous condition de 150 trimestres tous régimes et d'un temps de travail compris entre 40 % et 80 %. La pension est recalculée lors du départ définitif.

Qu'est-ce que la retraite progressive ?

C'est le seul dispositif qui permet de percevoir une partie de sa retraite sans avoir liquidé. On réduit son temps de travail, la caisse verse la fraction correspondante de la pension, et les cotisations prélevées sur l'activité maintenue continuent de produire des droits. Au moment du départ définitif, la pension est recalculée en tenant compte de ces années-là.

C'est ce dernier point qui la distingue du cumul emploi-retraite, où la pension est liquidée une bonne fois pour toutes. En retraite progressive, la carrière n'est pas close : elle continue, plus lentement.

Quelles sont les conditions en 2026 ?

Trois conditions cumulatives, et aucune n'admet d'aménagement.

Soixante ans, quelle que soit la génération

Pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2025, l'âge d'accès est fixé à 60 ans pour tout le monde. C'est un changement récent et encore mal connu. Auparavant, l'âge suivait le report de l'âge légal et variait de 60 à 62 ans selon l'année de naissance : une personne née en 1964 devait attendre 61 ans et 9 mois. Les tableaux publiés avant l'automne 2025, encore largement en circulation, sont aujourd'hui faux.

Cent cinquante trimestres, tous régimes confondus

Il faut justifier d'au moins 150 trimestres d'assurance dans l'ensemble des régimes de base. Le décompte est inter-régimes : le régime général, la fonction publique, une section de la CNAVPL, lerégime minier et les périodes accomplies dans un État de l'Union au titre du règlement (CE) n° 883/2004 s'additionnent.

C'est le point sur lequel les demandes échouent le plus souvent, et rarement pour la bonne raison. Un refus notifié pour trimestres insuffisants signifie que la caisse en a compté moins de 150 dans ce qu'elle voit. Une carrière luxembourgeoise non consolidée, des années d'apprentissage jamais reportées ou un passage par l'hôpital publicrétabli au régime général sans que l'intéressé le sache suffisent à faire passer un dossier sous le seuil alors que la condition est remplie. Nous avons repris des dossiers refusés à ce titre où les trimestres existaient bel et bien.

Un temps de travail compris entre 40 % et 80 %

Pour un salarié, la quotité doit se situer entre 40 % et 80 % de la durée légale ou conventionnelle applicable dans l'entreprise. Pour un forfait jours, cela correspond à87 à 174 jours sur un forfait maximal de 218. Un mi-temps entre dans la fourchette ; un 30 % ou un 90 % en sortent, et ferment le dispositif.

Pour un travailleur indépendant, il n'y a pas de quotité horaire : c'est la baisse des revenus professionnels qui sert de mesure.

Comment se calcule la fraction de pension ?

Elle est exactement le complément de ce qui reste travaillé. Un temps partiel à65 % ouvre droit à 35 % de la retraite. À 50 %, la moitié. À 80 %, le cinquième.

Pour un chef d'entreprise, la même logique s'applique aux revenus : une diminution de 40 % ouvre droit à 40 % de la pension.

La fraction porte sur la pension de base et sur les complémentaires, dont l'Agirc-Arrco, sur demande auprès de chaque organisme. Une demande adressée à la seule caisse de base laisse la complémentaire de côté, ce qui ampute la fraction perçue d'un tiers à la moitié selon les carrières.

La formule, en détail

La fraction versée se calcule à partir d'une pension théorique, elle-même établie comme une pension de base ordinaire à la date de la demande :

Pension progressive = [SAM × taux × (trimestres / durée de référence)] × (1 − quotité travaillée)

Prenons un cadre né en 1964, 168 trimestres validés pour une durée de référence de 172, un salaire annuel moyen de 42 000 €, qui passe à 80 % du temps plein à 62 ans.

Il lui manque quatre trimestres, son taux est donc de 50 % − (4 × 1,25) = 45 %. Sa pension théorique s'établit à 42 000 × 45 % × 168/172 = 18 446 € par an, soit1 537 € bruts par mois. À 80 % travaillés, la fraction versée est de 20 % :307 € bruts par mois.

S'il réduisait à 60 %, la fraction passerait à 40 %, soit 615 € — à condition que son contrat le permette. C'est le premier arbitrage à poser, et il se chiffre.

Pour un indépendant, la logique est la même mais la base change : c'est la baisse de revenus constatée par rapport à la moyenne des cinq dernières années qui détermine la fraction. La première année, la caisse ne connaît pas encore le revenu réel : elle verse une fraction provisoire, puis régularise l'année suivante. Un trop-perçu se rembourse.

Le montant est-il révisé chaque année ?

Oui, et c'est une mécanique qu'il faut surveiller. La fraction est recalculée chaque année pour tenir compte des trimestres validés pendant la période — puisque vous continuez à cotiser — et, plus rarement, d'une évolution du salaire annuel moyen.

En pratique, la révision produit le plus souvent une légère hausse, parce que le nombre de trimestres augmente. Mais elle suppose que la caisse ait correctement intégré les trimestres acquis pendant la phase progressive. C'est là que les anomalies apparaissent : déclaration tardive de l'employeur, période de maladie non transmise, cotisations sur une base réduite qui ne génèrent pas le trimestre attendu.

Regardez votre relevé chaque année en janvier. Si le nombre de trimestres n'a pas augmenté comme prévu, signalez-le immédiatement — les délais de rectification sont courts.

Que recalculent mal les caisses au passage au définitif ?

La liquidation définitive n'est pas une mise à jour : c'est une nouvelle instruction complète. Trois anomalies y reviennent, et elles sont silencieuses.

Les trimestres acquis pendant la phase progressive ne sont pas intégrés. La caisse recalcule sur la base du relevé disponible au moment de la liquidation. Si des trimestres n'ont pas été reportés, ils n'apparaissent pas dans le calcul. Elle ne les cherche pas : elle liquide ce qu'elle voit.

Le salaire annuel moyen amélioré n'est pas repris. Si vous avez cotisé sur la base d'un temps plein pendant la phase progressive et que ces années entrent dans vos vingt-cinq meilleures, le SAM définitif devrait être supérieur à celui de la pension progressive. Certaines caisses reprennent simplement l'ancien. L'erreur est invisible : la notification affiche un montant, vous le percevez, et personne ne vous dit qu'il est sous-évalué.

La décote résiduelle n'est pas supprimée. Si vous avez atteint le taux plein pendant la phase progressive en validant les trimestres manquants, la décote appliquée à la fraction doit disparaître du calcul définitif. Nous avons vu des dossiers où elle avait été maintenue par simple défaut de mise à jour.

Ces trois erreurs se corrigent — à condition d'être identifiées avant la notification définitive, ou dans le délai de recours de deux mois. Après, c'est une procédure.

Ce que les caisses ne vérifient pas avant de valider une liquidation

Ce que la retraite progressive fait au montant final

C'est la question que personne ne pose au bon moment, et c'est pourtant la seule qui engage durablement.

Passer à temps partiel réduit le salaire, et le salaire réduit entre dans le calcul du salaire annuel moyen si l'année concernée figure parmi les vingt-cinq meilleures. Pour une carrière modeste ou heurtée, ces années-là peuvent effectivement compter et tirer la moyenne vers le bas.

La parade existe et elle est peu utilisée : il est possible decotiser sur la base d'un salaire à temps plein tout en travaillant à temps partiel, avec l'accord de l'employeur sur la répartition du surcoût. Le salaire porté au compte reste alors celui d'un temps plein. Sur les complémentaires, le mécanisme équivalent maintient l'acquisition de points au niveau antérieur.

À l'inverse, pour une carrière longue dont les vingt-cinq meilleures années sont déjà derrière soi, l'effet est nul ou négligeable, et la surcotisation représente une dépense sans contrepartie. Les deux situations existent, et rien dans la brochure d'une caisse ne dit laquelle est la vôtre. C'est un calcul, pas une règle.

L'accord de l'employeur est-il obligatoire ?

Le passage à temps partiel suppose l'accord de l'employeur, mais cet accord est encadré depuis le 1er septembre 2023, et l'encadrement joue en faveur du salarié.

La demande s'adresse par lettre recommandée avec avis de réception. L'employeur dispose de deux mois pour répondre, par la même voie. Son silence vaut accord. Et le refus n'est recevable que s'il démontre l'incompatibilité de la durée de travail demandée avec l'activité économique de l'entreprise : c'est le seul motif admis par le texte.

Autrement dit, un refus de principe, non écrit ou non motivé, ne tient pas. Beaucoup de salariés renoncent sur une réponse orale négative alors que la procédure leur donne raison.

La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 a resserré l'étau davantage. Le refus ne peut plus se contenter d'invoquer l'activité économique en termes généraux : il doit rendre compte des conséquences concrètes de la réduction demandée sur la continuité de l'activité de l'entreprise ou du service, et, lorsqu'elle implique un recrutement, des difficultés à y procéder sur le poste concerné.

Un refus vague est donc désormais plus facilement contestable devant le conseil de prud'hommes qu'il ne l'était avant l'automne 2025.

Qui peut en bénéficier depuis 2023 ?

Le dispositif était longtemps réservé aux salariés, aux artisans et aux commerçants. Les décrets n° 2023-751 et n° 2023-753 du 10 août 2023 l'ont ouvert, à compter du 1er septembre 2023, à l'ensemble des assurés : fonctionnaires, professionnels libéraux, avocats, salariés au forfait jours, mandataires sociaux relevant du régime général.

Pour un fonctionnaire, les quotités de temps partiel applicables sont celles de son statut, et non la fourchette de 40 à 80 % du secteur privé : c'est un point à vérifier auprès de l'employeur public avant toute demande. Pour unprofessionnel libéral, l'ouverture dépend de la section dont il relève, toutes n'ayant pas avancé au même rythme.

Retraite progressive ou cumul emploi-retraite ?

Jusqu'ici, l'arbitrage penchait souvent vers le cumul, plus simple et sans condition de quotité. Le 1er janvier 2027 renverse la table.

Comparaison entre retraite progressive et cumul emploi-retraite
Retraite progressiveCumul emploi-retraite
Pension liquidéeNon — carrière toujours ouverteOui — liquidation définitive
Nouveaux droitsOui, et pension recalculée au départ définitifSelon l'âge et la date de liquidation
Condition d'âge60 ansÂge légal atteint, ou taux plein
ActivitéObligatoirement réduite (40 à 80 %)Libre, à temps plein si souhaité
Après le 1er janvier 2027Inchangée, et présentée comme la voie à privilégierFortement restreinte avant 67 ans

À partir de 2027, une personne qui liquide et reprend une activité avant l'âge légal verrait ses revenus déduits de sa pension dès le premier euro, et resterait plafonnée jusqu'à 67 ans. La retraite progressive, elle, n'est pas touchée par cette réforme. Pour qui souhaite lever le pied sans arrêter, elle devient le dispositif de référence.

Cela ne la rend pas préférable dans tous les cas. Elle impose une réduction d'activité, elle suppose 150 trimestres et elle peut peser sur le salaire annuel moyen. Le bon arbitrage se fait sur les chiffres de la carrière concernée, pas sur le principe.

Ce que nous vérifions avant une demande

Le décompte réel des trimestres tous régimes, en particulier lorsqu'une carrière comporte des périodes à l'étranger, des années d'apprentissage anciennes ou un passage par la fonction publique. C'est ce qui décide de la recevabilité.

La quotité retenue, et sa marge par rapport aux bornes de 40 % et 80 %. Un avenant rédigé sans précaution peut placer le salarié hors du dispositif pour un point de pourcentage.

L'effet de la baisse de salaire sur les vingt-cinq meilleures années, et donc l'intérêt réel d'une surcotisation, qui a un coût.

Les demandes à adresser aux complémentaires, régime par régime, qui ne suivent pas automatiquement celle de la caisse de base.

Et l'arbitrage d'ensemble avec l'échéance de 2027, lorsque le départ définitif est envisagé à un horizon proche.

Faire étudier votre situation

Sources et références.

Questions fréquentes.

Quel âge faut-il avoir pour demander une retraite progressive ?

60 ans. Depuis le 1er septembre 2025, cet âge est le même pour toutes les générations. Auparavant, il variait de 60 à 62 ans selon l'année de naissance, soit deux ans avant l'âge légal de départ applicable à l'assuré.

Combien de trimestres faut-il pour une retraite progressive ?

Au moins 150 trimestres d'assurance, tous régimes de base confondus. C'est un décompte inter-régimes : les trimestres acquis au régime général, dans la fonction publique, dans une section libérale ou à l'étranger au titre d'un règlement européen s'additionnent. Un relevé de carrière incomplet peut donc faire échouer une demande alors que la condition est en réalité remplie.

Quelle quotité de travail faut-il respecter ?

Pour un salarié, le temps de travail doit être compris entre 40 % et 80 % de la durée légale ou conventionnelle applicable. Pour un forfait jours, cela correspond à 87 à 174 jours pour un forfait maximal de 218 jours. En deçà de 40 % ou au-delà de 80 %, le dispositif n'est pas ouvert.

Quelle fraction de pension est versée ?

Elle est le complément de la quotité travaillée. Un temps partiel à 65 % ouvre droit à 35 % de la retraite. Pour un chef d'entreprise, la fraction se calcule sur la baisse de revenus : une diminution de 40 % ouvre droit à 40 % de la retraite.

L'employeur peut-il refuser une retraite progressive ?

Seulement pour un motif : l'incompatibilité de la durée de travail demandée avec l'activité économique de l'entreprise. Depuis le 1er septembre 2023, la demande et la réponse s'échangent par lettre recommandée avec avis de réception, et l'absence de réponse écrite et motivée dans les deux mois vaut accord.

Continue-t-on d'acquérir des droits pendant une retraite progressive ?

Oui, et c'est la différence de fond avec le cumul emploi-retraite. Les cotisations versées sur l'activité à temps partiel continuent de produire des droits, et la pension est recalculée lors de la liquidation définitive. Il est également possible de cotiser sur la base d'un salaire à temps plein, ce qui neutralise l'effet du temps partiel sur le salaire annuel moyen.

Les fonctionnaires et les professions libérales y ont-ils droit ?

Oui depuis le 1er septembre 2023. Les décrets n° 2023-751 et n° 2023-753 du 10 août 2023 ont étendu le dispositif, jusque-là réservé aux salariés, artisans et commerçants, à l'ensemble des assurés, dont les fonctionnaires, les professionnels libéraux et les avocats. Les règles de quotité suivent alors celles du temps partiel applicables au statut concerné.

Faut-il préférer la retraite progressive au cumul emploi-retraite ?

La réponse change au 1er janvier 2027. Le cumul emploi-retraite se durcit fortement avant 67 ans, tandis que la retraite progressive est présentée par le législateur comme le dispositif à privilégier pour un maintien partiel d'activité. Le choix se tranche au chiffre : niveau de revenu visé, âge atteint, régimes d'affiliation et effet sur la pension définitive.