Agirc-Arrco : comment se calcule la retraite complémentaire du privé ?
Par Maxime Logerot, expert retraite — publié le 31/07/2026
L'Agirc-Arrco verse la retraite complémentaire de tous les salariés du secteur privé. Elle fonctionne en points, indépendamment du régime général qui raisonne en trimestres. Pour un cadre en fin de carrière, elle représente couramment entre 30 et 60 % de la pension totale : la négliger revient à ignorer la moitié de ses droits.
Qu'est-ce que l'Agirc-Arrco ?
L'Agirc-Arrco est le régime de retraite complémentaire obligatoire de l'ensemble des salariés du secteur privé, cadres et non-cadres. Il est né le 1er janvier 2019 de la fusion de deux régimes jusque-là distincts : l'Arrco, qui couvrait tous les salariés, et l'Agirc, réservée aux cadres. Cette fusion a unifié les règles d'acquisition et de calcul, mais elle n'a pas effacé l'historique : les points acquis avant 2019 dans chacun des deux régimes ont été convertis, et cette conversion est une source récurrente d'erreurs sur les relevés.
Le régime est piloté par les partenaires sociaux, et non par l'État. C'est une différence de nature avec le régime général : ses paramètres — valeur du point, taux de cotisation, règles de liquidation — sont fixés par accord national interprofessionnel, renégocié périodiquement. Les réformes législatives des retraites ne s'appliquent donc pas mécaniquement à l'Agirc-Arrco.
Comment acquiert-on des points ?
Chaque année, les cotisations versées sur votre salaire sont divisées par le salaire de référence, aussi appelé prix d'achat du point. Le résultat est le nombre de points inscrits à votre compte. Ce mécanisme diffère radicalement de celui du régime général, où c'est la durée d'assurance qui compte, exprimée en trimestres.
Les cotisations s'appliquent sur deux tranches de salaire. La tranche 1 couvre la part de rémunération inférieure au plafond annuel de la sécurité sociale ; la tranche 2 couvre la part comprise entre une et huit fois ce plafond. Les taux de cotisation sont plus élevés sur la tranche 2, ce qui explique qu'un cadre acquière proportionnellement plus de points qu'un salarié rémunéré sous le plafond.
S'ajoute un taux d'appel : les cotisations réellement prélevées sont supérieures à celles qui génèrent des points. Cet écart finance l'équilibre du régime sans ouvrir de droits. Autrement dit, une partie de ce que vous cotisez ne vous rapporte rien à titre individuel — c'est une caractéristique assumée du régime, pas une anomalie.
Comment la pension est-elle calculée ?
Le calcul est simple dans son principe : nombre total de points multiplié par la valeur de service du point à la date de liquidation. Cette valeur est revalorisée au 1er novembre de chaque année. Nous ne la reproduisons pas sur cette page : une valeur monétaire recopiée devient fausse en quelques mois, et un chiffre faux sur un site de conseil est pire que pas de chiffre du tout. Elle figure sur le site de la fédération.
À ce montant s'appliquent ensuite les majorations éventuelles. La plus courante est la majoration pour enfants : 10 % de la pension pour les assurés ayant élevé au moins trois enfants, dans la limite d'un plafond annuel. Une majoration existe également pour enfant à charge au moment de la liquidation, non cumulable avec la précédente — c'est la plus favorable des deux qui s'applique.
Le malus de 10 % s'applique-t-il encore ?
Non, et c'est l'évolution la plus importante de ces dernières années sur ce régime. Uncoefficient de solidarité instauré en 2019 minorait de 10 % la pension complémentaire pendant trois ans, pour les assurés qui liquidaient dès l'obtention du taux plein au régime général. Il visait à inciter à travailler une année de plus.
L'accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 l'a supprimé pour toutes les pensions prenant effet à compter du 1er décembre 2023. Les retraités qui le subissaient encore à cette date ont cessé d'en subir les effets. Nous rencontrons pourtant régulièrement des dossiers où cette information n'a pas été intégrée, et des projections de revenus établies sur la base d'un malus qui n'existe plus.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes sur ce régime ?
L'Agirc-Arrco concentre une part importante des anomalies que nous relevons lors d'un audit complet. Trois situations reviennent constamment.
Les carrières antérieures à 1999 d'abord : avant l'informatisation généralisée des caisses, les reports de points étaient effectués manuellement par des institutions aujourd'hui fusionnées. Les points de ces périodes sont fréquemment incomplets, et leur reconstitution suppose de retrouver les bulletins de salaire ou les attestations d'employeur.
Les périodes assimilées ensuite : chômage indemnisé, maladie de longue durée, invalidité, congé de maternité. Ces périodes ouvrent droit à des points sans cotisation, mais leur report dépend de la transmission d'informations entre organismes. Une rupture dans cette chaîne se traduit par une absence pure et simple de points, invisible pour qui ne compare pas le relevé à sa carrière réelle.
Les changements d'employeur enfin, particulièrement lorsqu'ils s'accompagnent d'un changement d'institution de retraite. La bascule d'un compte à l'autre est un moment où des points se perdent.
Comment demander sa retraite complémentaire ?
Dans la majorité des situations, la demande unique de retraite en ligne suffit : elle transmet simultanément le dossier au régime général et à l'Agirc-Arrco. C'est une simplification réelle, mais elle entretient une confusion. Beaucoup d'assurés en déduisent que les deux régimes appliquent les mêmes règles, ce qui est faux : les âges, les conditions de taux plein et les modalités de calcul restent distincts.
Cette demande unique ne couvre pas toutes les situations. Une carrière comportant des périodes à l'étranger, une affiliation à plusieurs régimes de base, ou une liquidation à un âge différent entre base et complémentaire imposent des démarches séparées. Nous conseillons de déposer le dossier quatre à six mois avant la date d'effet souhaitée, et de contrôler le relevé de points avant le dépôt plutôt qu'après la notification.
Si vous relevez de plusieurs régimes en plus de celui-ci, la coordination entre eux est traitée dans notre page consacrée au salarié en carrière multi-régimes. Si la pension notifiée vous paraît erronée, la voie de contestation est décrite dans notre pagerecours et contestation.
Sources et références.
- Agirc-Arrco — fédération des régimes de retraite complémentaire des salariés du privé
- Accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 relatif au régime de retraite complémentaire Agirc-Arrco
- Articles L.921-1 et suivants du Code de la sécurité sociale (régimes complémentaires obligatoires)
- Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023
Questions fréquentes.
Le malus de 10 % sur la retraite complémentaire existe-t-il encore ?
Non. Le coefficient de solidarité, qui minorait de 10 % la pension complémentaire pendant trois ans, a été supprimé par l'accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 pour les pensions prenant effet à compter du 1er décembre 2023. Les retraités qui subissaient encore ce malus à cette date ont vu son application cesser.
Comment convertir mes points Agirc-Arrco en euros ?
Le nombre de points acquis est multiplié par la valeur de service du point à la date de liquidation. Cette valeur est revalorisée au 1er novembre de chaque année par les partenaires sociaux. Elle est publiée sur agirc-arrco.fr : nous ne la reproduisons pas ici pour éviter de faire circuler une valeur périmée.
Faut-il faire une demande séparée pour l'Agirc-Arrco ?
Non, dans la plupart des cas. La demande unique de retraite en ligne transmet simultanément votre dossier au régime général et à l'Agirc-Arrco. Cette simplification connaît toutefois des exceptions, notamment en cas de carrière comportant des périodes à l'étranger ou d'affiliation à plusieurs régimes de base.
Que deviennent mes points si j'ai travaillé peu de temps dans le privé ?
Ils sont conservés sans limite de durée et donnent lieu à pension, même pour un nombre de points faible. En dessous d'un seuil fixé par la fédération, l'Agirc-Arrco procède à un versement unique en capital plutôt qu'à une rente mensuelle. Aucun droit n'est perdu, mais la forme du paiement change.
La réversion Agirc-Arrco est-elle soumise à condition de ressources ?
Non. À la différence du régime général, la réversion de la retraite complémentaire n'est pas conditionnée aux ressources du conjoint survivant. Elle est en revanche soumise à une condition d'âge, à une condition de non-remariage, et son taux est fixé à 60 % des droits du défunt.
Pourquoi mon relevé de points ne correspond-il pas à mes bulletins de salaire ?
C'est l'anomalie la plus fréquente que nous rencontrons sur ce régime. Les causes habituelles sont un changement d'employeur mal reporté, une période d'apprentissage ou de chômage non créditée, une fusion de caisse ancienne, ou une carrière antérieure à 1999 dont les données ont été reprises de façon incomplète. Chaque écart doit être justifié pièce à pièce auprès de la caisse.
