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Dossier traité · Étape : Correction

Douze années d'hôpital public absentes du relevé de carrière

Profil
Profession de santé, carrière partagée entre l'hôpital public et l'exercice libéral
Régimes concernés
CNRACL · CARPIMKO
Durée de la mission
Plusieurs mois
Résultat
Quarante-huit trimestres rétablisRésultat obtenu

Dossier réel, anonymisé. Ni nom, ni commune, ni employeur, ni date précise ne sont publiés. Certains éléments d'identité sont modifiés ou volontairement tus, dont le sexe de la personne, et le métier est ramené à sa famille professionnelle lorsqu'il permettrait de la reconnaître. En revanche, le déroulé du dossier et les chiffres cités sont exacts et correspondent à des pièces que nous pouvons produire. Ils décrivent une situation particulière et ne constituent ni une moyenne, ni une promesse de résultat.

Par , expert retraite — publié le 01/08/2026, mis à jour le 02/08/2026

Un relevé de carrière ne signale jamais ce qui lui manque : une période non déclarée n'y apparaît pas du tout. Ici, douze années d'hôpital public relevant de la CNRACL étaient absentes du relevé d'une personne installée en libéral après une carrière hospitalière. Quarante-huit trimestres ont été rétablis, après commission de recours amiable puis saisine du médiateur.

Douze ans. Pas douze mois : douze années entières qui ne figuraient pas au relevé de carrière.

La personne ne le savait pas, et c’est normal.

Pourquoi un relevé ne signale-t-il jamais une absence ?

C’est le point de départ de presque tous les dossiers que nous traitons.

Une période non déclarée n’apparaît pas en creux sur le relevé. Il n’y a ni ligne vide, ni case grisée, ni avertissement. Elle n’y apparaît pas du tout.

Le document reste donc parfaitement lisible et parfaitement faux. On le parcourt, on y reconnaît son parcours, on referme le dossier. Personne ne lit un relevé de carrière en cherchant ce qui n’y est pas.

Pourquoi les années d’hôpital disparaissent-elles du relevé ?

Le parcours est banal dans les professions de santé. On commence à l’hôpital public, souvent quelques années comme contractuel, puis on est titularisé, et on finit par s’installer en libéral.

Trois statuts, et surtout trois circuits qui ne communiquent pas.

Les années de contractuel relèvent du régime général et de l’Ircantec. Les années de titulaire relèvent de la CNRACL, régime spécial de la fonction publique hospitalière et territoriale. L’exercice libéral relève ensuite d’une section professionnelle, la CARPIMKO pour les auxiliaires médicaux.

Aucun de ces organismes ne connaît les autres, et rien ne transporte automatiquement les années publiques vers la vision qu’on a de sa retraite du côté libéral. On regarde son relevé, on y voit son activité récente, et l’hôpital n’y est pas.

Combien d’années de service faut-il pour ouvrir droit à une pension CNRACL ?

Avoir cotisé à la CNRACL ne suffit pas à y avoir droit à une pension. C’est la subtilité qui explique le plus grand nombre de ces disparitions.

Pour les fonctionnaires radiés des cadres à compter du 1er janvier 2011, la durée minimale de services effectifs est de deux ans, bonifications exclues. Pour une radiation antérieure à cette date, elle était de quinze ans.

L’écart entre ces deux seuils est considérable, et il dépend uniquement de la date à laquelle on a quitté la fonction publique.

Quelqu’un qui a accompli douze ans à l’hôpital puis quitté la fonction publique en 2005 n’atteignait pas les quinze ans alors exigés. La même carrière, interrompue en 2015, ouvre une pension CNRACL de plein droit.

Où passent les droits quand le seuil n’est pas atteint ?

Ils ne disparaissent pas. Ils changent de destinataire.

Les cotisations sont reversées au régime général pour la retraite de base et à l’Ircantec pour la complémentaire. Ce sont ces deux organismes qui verseront la pension correspondant aux années accomplies comme fonctionnaire. C’est ce qu’on appelle le rétablissement.

L’opération est logique sur le papier. En pratique, elle est une source d’erreurs considérable, pour trois raisons.

Elle n’est pas toujours effectuée. Quand elle l’est, elle ne l’est pas toujours intégralement. Et l’intéressé n’en est presque jamais informé : il croit avoir des droits à la CNRACL, la CNRACL lui répond qu’il n’en a pas, et personne ne lui explique où ces années ont atterri.

C’est exactement le mur contre lequel on vient buter quand on s’en occupe seul.

Que se passe-t-il quand on s’y attaque seul ?

La personne a d’abord essayé de les faire rétablir seule. C’est le cas le plus fréquent : les gens commencent presque toujours par tenter eux-mêmes.

Elle a écrit aux caisses. Les caisses ont refusé de rouvrir le dossier.

Ce n’est pas de la malveillance, et c’est précisément ce qui rend le refus si difficile à surmonter. Une caisse instruit ce qui lui est demandé, dans la forme où c’est demandé. Une réclamation sans le bon fondement et sans les bonnes pièces reçoit une réponse de principe, et le dossier se referme.

Chaque refus rend le suivant plus probable. La position est prise, elle est écrite, elle sera reprise.

La voie que nous avons suivie

Trois étages, dans l’ordre, chacun nourri par le précédent.

La reconstitution. Nous avons repris la carrière période par période, chacune adossée à sa pièce, en établissant à quel régime chaque année devait revenir. C’est le travail le plus long, et c’est celui qui décide de tout le reste : douze ans ne se rétablissent pas par une lettre.

La commission de recours amiable. C’est l’instance devant laquelle une décision de caisse se conteste, et l’étape obligatoire avant toute action contentieuse. Ses délais sont stricts, et beaucoup de dossiers meurent là, non pas rejetés mais forclos.

Le médiateur. Quand la position reste bloquée alors que le fond est établi, la médiation permet un réexamen hors de la ligne hiérarchique qui a produit le refus.

Plusieurs mois.

Quarante-huit trimestres

Douze années remises au compte, et une date de départ redevenue calculable.

Avant, aucun arbitrage n’était possible. On ne choisit pas sa date de départ sur une carrière fausse, et les simulations faites jusque-là reposaient toutes sur un relevé amputé de douze ans.

Le droit, lui, n’avait jamais fait défaut. Ces douze années étaient dues depuis le début. Personne n’avait simplement dit qu’il fallait les demander autrement.

C’est un angle mort structurel, et il concerne une grande partie des soignants installés.

Questions fréquentes sur ce type de dossier

Les années d'hôpital public apparaissent-elles sur le relevé d'un soignant installé en libéral ?

Pas toujours. La CNRACL, qui couvre les agents titulaires de la fonction publique hospitalière et territoriale, est un régime spécial distinct des régimes de l'exercice libéral. Rien ne rapproche automatiquement les deux moitiés d'une carrière, et les années publiques peuvent rester invisibles pendant des décennies.

Combien d'années de service faut-il pour avoir droit à une pension CNRACL ?

Deux ans de services effectifs pour les fonctionnaires radiés des cadres à compter du 1er janvier 2011, hors bonifications. Pour une radiation antérieure à cette date, la condition était de quinze ans. En deçà du seuil applicable, il n'y a pas de pension CNRACL : les droits sont rétablis au régime général et à l'Ircantec.

Qu'est-ce que le rétablissement au régime général et à l'Ircantec ?

C'est l'opération par laquelle les cotisations d'un agent qui quitte la fonction publique sans atteindre la durée minimale de services sont reversées à la Cnav et à l'Ircantec. Ce sont alors ces deux organismes qui verseront la pension au titre des années passées comme fonctionnaire, et non la CNRACL. L'opération n'est pas toujours effectuée, pas toujours intégralement, et l'intéressé n'en est presque jamais informé.

Un relevé de carrière signale-t-il les périodes manquantes ?

Non. Une période non déclarée n'apparaît pas en creux sur le relevé, avec une ligne vide ou un avertissement : elle n'y figure pas du tout. Le document reste parfaitement lisible et parfaitement faux, ce qui explique qu'une absence de douze ans puisse passer inaperçue.

Que faire quand une caisse refuse de rouvrir un dossier ?

Il faut passer par la commission de recours amiable, instance interne devant laquelle une décision de caisse se conteste et étape obligatoire avant toute action contentieuse. Ses délais sont stricts : les laisser passer ferme la voie, et le dossier est alors forclos plutôt que rejeté. Si la position reste bloquée alors que le fond est établi, le médiateur peut être saisi pour un réexamen hors de la ligne hiérarchique qui a produit le refus.

Pourquoi une réclamation envoyée seul aboutit-elle rarement ?

Parce qu'une caisse instruit ce qui lui est demandé, dans la forme où c'est demandé. Une réclamation sans fondement juridique cité et sans les pièces attendues reçoit une réponse de principe, et le dossier se referme. Chaque refus rend le suivant plus probable, la position étant désormais écrite.

Que représentent quarante-huit trimestres ?

Douze années d'assurance. Sur une carrière, cet écart déplace la date à laquelle le taux plein est atteint et rend impossible tout arbitrage tant qu'il n'est pas corrigé : on ne peut pas choisir sa date de départ à partir d'un relevé amputé de douze ans.

Sources et références

Pour aller plus loin