Comment est calculée la retraite de base dans les régimes alignés ?
Par Maxime Logerot, expert retraite — publié le 16/09/2026
Le calcul repose sur trois variables : le salaire annuel moyen, le taux de liquidation et un coefficient de proratisation. Chacune peut être mal calculée, et les caisses ne le signalent pas. La notification que vous recevez est mise en page avec soin, les chiffres sont alignés, les cases sont remplies — c'est précisément ce qui rend les erreurs invisibles.
Que sont les régimes alignés, et pourquoi ce mot compte ?
Trois régimes de base appliquent des règles de calcul identiques, calquées sur celles du régime général : la CNAV pour les salariés du privé, la MSA pour les salariés agricoles, et la Sécurité sociale des indépendants pour les artisans et commerçants.
Ils partagent la même formule, les mêmes seuils de validation, les mêmes règles de revalorisation. C'est pourquoi on les dit « alignés ».
Ce mot a une conséquence pratique. Depuis 2017, une carrière passée dans plusieurs de ces régimes n'est plus liquidée séparément : elle fait l'objet d'un calcul unique. Si vous avez été salarié vingt ans puis artisan quinze ans, les deux caisses ne calculent plus chacune leur part. Un seul régime — en principe le dernier — liquide l'ensemble.
Quelle est la formule ?
Pension = SAM × taux de liquidation × (trimestres validés / durée de référence)
Le SAM est le salaire annuel moyen, calculé sur les 25 meilleures années après revalorisation. Il est plafonné au plafond annuel de la Sécurité sociale : quelle que soit votre rémunération réelle, seule la part sous ce seuil entre dans le calcul.
Le taux est compris entre 37,5 % et 50 %. Il dépend du nombre de trimestres validés tous régimes et de l'âge de départ.
Le coefficient de proratisation réduit la pension quand la carrière est incomplète dans les régimes concernés.
Comment sont sélectionnées vos 25 meilleures années ?
Le SAM est la moyenne arithmétique des 25 salaires annuels les plus élevés, après application des coefficients de revalorisation publiés chaque année. Un salaire de 1985 est multiplié par un coefficient qui tient compte de l'inflation depuis.
Seules les années ayant donné lieu à la validation d'au moins un trimestre peuvent entrer dans le calcul.
Quand une année creuse devient un problème
Une année creuse — formation, activité réduite, congé parental non indemnisé — ne pose problème que si elle entre dans les 25 retenues faute de mieux.
Pour une personne ayant commencé à 22 ans et partant à 64, il y a 42 années disponibles : une année à 8 000 € n'entrera pratiquement jamais dans le calcul. Pour une carrière courte ou hachée — 28 ans de cotisation effective — la caisse peut en revanche être contrainte d'intégrer des années à très faible revenu.
Et si des périodes de chômage ou de maladie n'ont pas été reportées comme trimestres assimilés, le nombre d'années disponibles se réduit encore. C'est le mécanisme le plus sous-estimé du calcul : un trimestre manquant ne coûte pas seulement du taux, il peut forcer l'entrée d'une année creuse dans le SAM.
Comment le taux est-il fixé ?
Le maximum est de 50 %. Il est atteint dans trois cas : avoir validé le nombre de trimestres requis pour sa génération, avoir atteint l'âge d'annulation de la décote, ou relever d'une situation exonérante — invalidité, inaptitude, ancien combattant, mère de famille nombreuse sous conditions.
À défaut, la décote est de 1,25 point par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres. Un assuré à qui il manque 8 trimestres voit son taux passer de 50 % à40 % — une perte d'un cinquième sur sa pension de base.
À l'inverse, chaque trimestre cotisé après avoir réuni l'âge légal et la durée requise génère une surcote de 1,25 %.
Où les caisses se trompent sur le taux
Les trimestres assimilés absents. Maladie, chômage indemnisé, maternité, invalidité, service militaire génèrent des trimestres qui comptent pour le taux. S'ils manquent au relevé, le taux calculé est inférieur à celui auquel vous avez droit.
Les situations exonérantes non transmises. Une personne reconnue inapte a droit au taux plein immédiat, quelle que soit sa durée de cotisation. Nous avons vu des dossiers où cette reconnaissance n'était jamais parvenue à la caisse liquidatrice, entraînant une décote injustifiée de dix à quinze points.
Comment fonctionne la proratisation ?
Coefficient = trimestres validés dans les régimes alignés / durée de référence
Le coefficient est plafonné à 1 : au-delà de la durée requise, il n'a aucun effet réducteur.
Avant la LURA, chaque régime proratisait sur ses propres trimestres. Depuis 2017, les trimestres de tous les régimes alignés sont additionnés et la proratisation s'applique sur ce total. Prenons 100 trimestres à la CNAV et 72 au SSI : avant, chaque régime réduisait sa part ; après, le coefficient vaut 1 et la pension est calculée sur la totalité du SAM.
Le piège des trimestres excédentaires
Il apparaît quand les trimestres se cumulent sur une même année civile. Si vous avez été simultanément salarié et artisan — ce qui arrive lors des transitions de statut — les trimestres validés dans chaque régime s'additionnent, mais sont plafonnés à quatre par année civile. Les excédents sont perdus.
La caisse ne le signale pas, et le relevé peut afficher des totaux qui semblent cohérents sans que l'écrêtement soit visible. Dans les dossiers de transition salarié-artisan, nous trouvons régulièrement des années où six ou sept trimestres ont été validés au total, et où deux ou trois ont disparu.
Combien cela donne-t-il concrètement ?
Carrière complète au régime général
Femme née en 1963, salariée du privé toute sa carrière, départ à 64 ans.
| Durée de référence | 170 trimestres |
|---|---|
| Trimestres validés | 170 |
| SAM | 34 200 € par an |
| Taux | 50 % |
| Proratisation | 170 / 170 = 1 |
| Pension annuelle brute | 17 100 € |
| Pension mensuelle brute | 1 425 € |
L'anomalie type. À l'audit, l'année d'un congé maternité de seize semaines n'affichait que trois trimestres au lieu de quatre — le quatrième n'avait pas été reporté par l'employeur de l'époque. La caisse avait donc appliqué un taux de 49,375 % au lieu de 50 %.
L'écart paraît dérisoire : 0,625 point, soit 214 € par an, 17,80 € par mois. Sur vingt-cinq ans de retraite, plus de 5 300 €. Pour un trimestre.
Carrière mixte salarié puis artisan
Homme né en 1965, 68 trimestres au régime général puis 100 au SSI, départ à 65 ans.
| Durée de référence | 172 trimestres |
|---|---|
| Total trimestres alignés | 168 |
| Proratisation | 168 / 172 = 0,9767 |
| SAM tous régimes alignés | 38 000 € par an |
| Taux | 50 % |
| Pension annuelle brute | 18 557 € |
| Pension mensuelle brute | 1 546 € |
L'anomalie type. Pour un indépendant, le SAM se construit sur les revenus nets déclarés, qui peuvent être très inférieurs aux revenus réels selon les charges déduites. Une année à 12 000 € de revenu net déclaré, alors que le chiffre d'affaires atteignait 68 000 €, avait été intégrée aux 25 meilleures années faute d'alternative. Les liasses fiscales documentaient l'écart : la correction était possible.
Qu'est-ce que la LURA a changé, et que n'a-t-elle pas réglé ?
La liquidation unique des régimes alignés a introduit trois changements :
- un SAM unique sur les 25 meilleures années tous régimes alignés confondus ;
- une proratisation globale sur le total des trimestres ;
- un régime gestionnaire unique qui instruit et verse l'ensemble.
Trois problèmes persistent, et nous les rencontrons régulièrement.
L'écrêtement des rémunérations simultanées. Si vous avez cotisé en même temps dans deux régimes alignés, les salaires s'additionnent mais restent plafonnés. Les revenus au-delà sont perdus pour le SAM, sans avertissement.
Les trimestres excédentaires, déjà évoqués.
Les régimes non alignés. Fonction publique, professions libérales, régimes spéciaux ne sont pas intégrés au calcul unique. Ils font l'objet d'une liquidation séparée, avec des règles propres. Les erreurs de coordination sont fréquentes sur les carrières mixtes public-privé.
Quelles sont les anomalies les plus fréquentes ?
Des années creuses incluses dans le SAM alors que la correction de trimestres assimilés manquants aurait suffi à les exclure.
Des trimestres cotisés non reportés, notamment pour des emplois à temps très partiel chez plusieurs employeurs, où la consolidation des salaires n'a pas été faite.
Une situation exonérante mal appliquée, quand la reconnaissance d'inaptitude ou la demande de carrière longue n'a pas été transmise avec tous les justificatifs.
Une proratisation erronée sur carrière mixte, quand les données du régime secondaire ont été transmises tardivement ou incomplètement. Le coefficient est alors calculé sur un nombre de trimestres inférieur au réel.
Un SAM mal revalorisé. Une erreur dans l'application des coefficients — surtout pour des salaires des années 1980 et 1990 — peut faire perdre plusieurs centaines d'euros de SAM. Ce type d'erreur ne se détecte qu'en recalculant année par année.
L'oubli du minimum contributif. Ce plancher s'applique aux carrières complètes à faibles revenus. Certaines caisses ne vérifient pas d'office s'il s'applique, et versent une pension inférieure sans le signaler.
Sur le revers de la décote, voir aussice que rapporte réellement une année travaillée après le taux plein.
Sources et références.
- L'Assurance retraite — montant de la retraite de base
- Service-public.fr — calcul de la retraite du salarié du privé
- Sécurité sociale — fiche éclairage sur les effets de la LURA
- Code de la sécurité sociale, dispositions relatives au calcul des pensions du régime général
Questions fréquentes.
Quelle est la différence entre trimestres validés et trimestres cotisés ?
Les trimestres validés comprennent les trimestres cotisés — activité avec cotisation effective — et les trimestres assimilés : chômage indemnisé, arrêt maladie, maternité, invalidité, service militaire. Les trimestres cotisés sont un sous-ensemble des validés : ils servent notamment à vérifier les conditions de la retraite anticipée pour carrière longue.
Peut-on contester le SAM calculé par la caisse ?
Oui. Si une année à faible revenu a été incluse alors qu'elle aurait dû être exclue — parce que des trimestres manquants ont réduit le nombre d'années disponibles — vous pouvez demander la correction des trimestres, puis solliciter un nouveau calcul du SAM. La démarche passe par un courrier recommandé à la caisse gestionnaire, avec justificatifs.
La LURA s’applique-t-elle automatiquement à tous les assurés multi-régimes alignés ?
Oui, pour les assurés ayant liquidé après le 1er juillet 2017 et ayant cotisé à au moins deux des trois régimes alignés : CNAV, MSA salariés, SSI. Elle ne s'applique pas aux régimes non alignés comme la CNAVPL, les régimes spéciaux ou la fonction publique.
Comment est calculée la retraite de base d’un artisan ou d’un commerçant ?
Selon la même formule que la CNAV : SAM × taux × proratisation. La différence porte sur la base du SAM : pour les artisans et commerçants, ce sont les revenus nets déclarés qui sont retenus, plafonnés au plafond annuel de la Sécurité sociale et revalorisés selon les mêmes coefficients que pour les salariés.
Qu’est-ce que la proratisation change pour un frontalier ?
Pour un frontalier ayant cotisé en France et au Luxembourg, chaque État calcule sa propre pension, avec totalisation des périodes pour l'ouverture des droits. La proratisation française s'applique uniquement sur les trimestres français, rapportés à la durée de référence française. Les années luxembourgeoises n'entrent pas dans le SAM français.
Que faire si la notification de retraite contient une erreur ?
Elle est contestable dans un délai de deux mois à compter de sa réception, devant la commission de recours amiable de la caisse, par courrier recommandé. En cas de rejet, le recours peut être porté devant le tribunal judiciaire. Mieux vaut faire vérifier le calcul avant de signer tout document de renonciation.
