Qui peut réellement partir en carrière longue ?
Par Maxime Logerot, expert retraite — publié le 06/08/2026
Le départ anticipé pour carrière longue exige deux conditions cumulatives : avoir validé un nombre de trimestres avant un âge donné, et justifier d'une durée cotisée. La loi du 14 avril 2023 a créé quatre bornes d'âge de début d'activité. C'est le dispositif où l'écart entre le calcul de l'assuré et celui de la caisse est le plus grand.
C’est le dispositif sur lequel nous recevons le plus de demandes, et celui où l’écart entre l’attente et la réalité est le plus fréquent.
La raison tient à un malentendu sur ce qu’est un trimestre « cotisé ».
Quelles sont les deux conditions à remplir ?
Pour partir avant l’âge légal au titre de la carrière longue, il faut remplir deux conditions en même temps.
Un début d’activité précoce. Il faut avoir validé un nombre de trimestres avant la fin de l’année civile de vos 16, 18, 20 ou 21 ans, selon la borne qui vous concerne. En général cinq trimestres, réduits à quatre pour les personnes nées en fin d’année.
Une durée d’assurance cotisée. Il faut justifier d’un nombre de trimestres réellement cotisés, qui varie selon l’âge de départ visé et la génération.
La première condition détermine si vous entrez dans le dispositif. La seconde détermine à quel âge vous pouvez partir.
Quelles sont les quatre bornes créées en 2023 ?
La loi du 14 avril 2023 a réorganisé le dispositif autour de quatre âges de début d’activité, chacun ouvrant un âge de départ possible :
- début avant 16 ans, départ envisageable à partir de 58 ans ;
- début avant 18 ans, départ à partir de 60 ans ;
- début avant 20 ans, départ à partir de 62 ans ;
- début avant 21 ans, départ à partir de 63 ans.
Ces âges de départ sont des bornes d’ouverture. Ils supposent en plus que la durée cotisée requise soit atteinte, ce qui n’est pas automatique.
Pourquoi les trimestres réputés cotisés sont-ils un piège ?
C’est ici que les calculs divergent.
La durée cotisée n’est pas la durée d’assurance. Elle retient les trimestres travaillés et cotisés, plus certaines périodes assimilées, mais dans des limites strictes :
- quatre trimestres au titre du chômage indemnisé, tous épisodes confondus sur l’ensemble de la carrière ;
- quatre trimestres au titre du service national ;
- deux trimestres au titre de la maladie, de l’accident du travail ou de l’invalidité ;
- la totalité des trimestres de maternité.
Un assuré qui a connu trois ans de chômage indemnisé voit douze trimestres validés pour sa durée d’assurance, mais seulement quatre comptés pour la carrière longue. L’écart de huit trimestres suffit à faire manquer le seuil.
Les trimestres de majoration pour enfant, eux, ne comptent pas du tout dans la durée cotisée. C’est ce qui explique qu’une mère de trois enfants ayant la durée requise ne puisse pas nécessairement partir en anticipé.
Que se joue-t-il sur les premiers trimestres ?
La condition de début d’activité se vérifie sur des périodes anciennes, souvent mal documentées : jobs d’été, apprentissage, contrats courts de l’adolescence.
Ces trimestres-là sont précisément ceux qui manquent le plus souvent sur les relevés, parce qu’ils correspondent à des employeurs disparus et à des rémunérations faibles.
Un seul trimestre récupéré à ce niveau peut faire basculer tout le dossier. Nous avons vu des départs anticipés débloqués par la production d’un unique bulletin de salaire d’un été 1978.
Comment vérifier son éligibilité ?
Demandez votre attestation de départ en retraite anticipée. C’est un document spécifique, distinct du relevé de carrière, que la caisse délivre sur demande et qui indique si vous remplissez les conditions.
Ne vous fiez pas au simulateur seul. Il calcule à partir des données enregistrées, qui sont précisément celles qu’il faut vérifier. Un relevé incomplet donne une réponse négative alors que le dossier réel serait éligible.
Si l’attestation conclut à l’inéligibilité, regardez d’abord de quel côté ça coince : la condition de début d’activité, ou la durée cotisée. Le premier cas se répare parfois en récupérant des trimestres de jeunesse. Le second, plus rarement.
Quand faut-il déposer la demande ?
L’attestation se demande environ deux ans avant le départ envisagé. Ce délai laisse le temps de régulariser si une période manque.
Le dossier de liquidation se dépose ensuite dans les conditions habituelles, quatre à six mois avant la date d’effet, en joignant l’attestation.
Sources et références.
- Article L.351-1-1 du Code de la sécurité sociale (départ anticipé carrière longue)
- Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023
- Décret n° 2023-436 du 3 juin 2023 relatif aux départs anticipés
Questions fréquentes.
Quels trimestres sont réputés cotisés ?
Les trimestres travaillés, plus certaines périodes assimilées dans des limites précises : quatre trimestres de chômage indemnisé, quatre de service national, deux de maladie, et la totalité des trimestres de maternité. Au-delà de ces plafonds, les périodes assimilées comptent pour la durée d'assurance mais pas pour la carrière longue.
Les trimestres de majoration pour enfant comptent-ils ?
Non. La majoration de durée d'assurance pour enfant n'est pas réputée cotisée. Elle compte pour le taux et la proratisation, pas pour l'appréciation du départ anticipé.
Le rachat de trimestres permet-il d'atteindre la condition de début d'activité ?
Le versement pour la retraite au titre des années d'études peut être pris en compte pour la condition de durée cotisée, dans la limite de quatre trimestres, sous réserve de l'option choisie. Il ne permet pas de créer rétroactivement des trimestres avant 16, 18, 20 ou 21 ans.
Peut-on cumuler carrière longue et surcote ?
Oui. Un assuré parti en carrière longue qui poursuit son activité au-delà de la durée requise acquiert de la surcote dans les conditions de droit commun.
