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Faut-il partir dès l'âge légal, au taux plein, ou attendre 67 ans ?

Par , expert retraite — publié le 06/07/2026

Trois âges structurent la décision : l'âge légal, porté à 64 ans par la loi du 14 avril 2023, la date d'obtention du taux plein, et l'âge d'annulation de la décote fixé à 67 ans. L'écart de pension entre ces trois options dépasse souvent 20 %, et le bon choix n'est pas toujours celui qui donne la pension la plus élevée.

La question arrive presque toujours dans les mêmes termes : « je peux partir en mars, est-ce que j’ai intérêt à attendre ? »

La réponse dépend de trois paramètres qui n’ont rien à voir entre eux, et que la plupart des simulateurs présentent séparément sans les articuler.

Les trois âges qui comptent

L’âge légal est celui à partir duquel vous pouvez demander la liquidation. La loi du 14 avril 2023 le porte progressivement de 62 à 64 ans, à raison d’un trimestre par génération. Il est atteint pour les assurés nés à compter de 1968.

Atteindre l’âge légal ne veut pas dire obtenir une pension complète. Cela veut dire que le dossier peut être déposé.

La durée d’assurance requise détermine le taux. Elle est portée à 172 trimestres, soit quarante-trois ans, pour les mêmes générations. Tant qu’elle n’est pas atteinte, la pension subit une décote.

L’âge d’annulation de la décote est fixé à 67 ans. À cet âge, le taux plein est acquis quelle que soit la durée cotisée. C’est le filet de sécurité pour les carrières incomplètes.

Ce que coûte une décote

Le coefficient de minoration est de 1,25 % par trimestre manquant, dans la limite de vingt trimestres. Il s’applique au taux de liquidation, pas au montant.

Un exemple. Un assuré à qui il manque huit trimestres subit une minoration de 10 % sur le taux, qui passe de 50 % à 45 %. Sa pension de base est amputée d’un dixième. Sur le régime complémentaire, un coefficient s’ajoute selon les règles de l’Agirc-Arrco.

Le point à retenir : cette minoration est définitive. Elle ne disparaît pas à 67 ans, contrairement à ce que beaucoup croient. Une fois la pension liquidée avec décote, elle reste décotée jusqu’au bout.

Ce que rapporte une surcote

À l’inverse, chaque trimestre travaillé au-delà du taux plein et de l’âge légal majore la pension de base de 1,25 %, sans plafond.

Un assuré au taux plein à 64 ans qui travaille jusqu’à 65 ans obtient quatre trimestres de surcote, soit 5 % de pension de base en plus. Sur une pension de 2 000 euros mensuels, cela représente 100 euros par mois, à vie.

Pourquoi le calcul ne suffit pas

Sur le papier, la conclusion semble évidente : ne jamais partir avec une décote, toujours chercher la surcote. En pratique, trois éléments viennent brouiller ce raisonnement.

Le temps de récupération. Attendre un an pour gagner 5 % de pension suppose de renoncer à douze mois de pension. Si votre pension annuelle est de 24 000 euros et que le gain est de 1 200 euros par an, il faut vingt ans pour rattraper l’année sacrifiée. À 64 ans, c’est jouable. À 66 ans, la question se pose autrement.

La situation professionnelle réelle. Continuer à travailler suppose d’en avoir la possibilité. Un cadre de 64 ans dont le poste est menacé n’arbitre pas entre travailler et partir : il arbitre entre partir avec une décote et partir au chômage, ce qui n’est pas le même calcul.

La fiscalité et les prélèvements. Une pension plus élevée peut faire franchir un seuil de taux de CSG, ou modifier l’imposition du foyer. L’écart net est parfois nettement inférieur à l’écart brut.

Le cas où le calcul se retourne

Il arrive qu’attendre coûte plus cher que partir.

Prenons un assuré qui atteindra le taux plein dans six trimestres, mais qui a la possibilité de partir maintenant avec une décote de 7,5 %. S’il part maintenant, il perd 7,5 % à vie. S’il attend dix-huit mois, il perd dix-huit mois de pension et gagne 7,5 %, plus éventuellement de la surcote.

Le point d’équilibre dépend de son espérance de pension, pas de son espérance de vie théorique. Nous le calculons dossier par dossier, parce qu’il varie selon le niveau de pension, la présence d’un conjoint, et la fiscalité du foyer. Il n’existe pas de règle générale, et les articles qui affirment le contraire simplifient à outrance.

Ce qu’il faut vérifier avant d’arbitrer

L’arbitrage n’a de sens que si le relevé est juste. Un dossier avec quatre trimestres manquants non détectés donne un point de bascule faux, et donc une décision fausse.

C’est l’ordre logique : d’abord l’audit du relevé, ensuite seulement le calcul des scénarios. L’inverse revient à optimiser sur des données erronées.

Prévoyez également de vérifier vos régimes complémentaires séparément. L’Agirc-Arrco applique ses propres règles d’âge et de minoration, et un départ optimal au régime de base peut être sous-optimal au complémentaire. Les deux ne se pilotent pas ensemble, mais ils se compensent parfois.

Sources et références.

Questions fréquentes.

La décote s'applique-t-elle aussi à la retraite complémentaire ?

Oui, mais selon des règles distinctes. À l'Agirc-Arrco, le coefficient de minoration dépend du nombre de trimestres manquants et s'applique de façon définitive. Une décote au régime de base s'accompagne donc presque toujours d'une minoration complémentaire, ce qui double l'effet.

Combien rapporte un trimestre de surcote ?

La surcote majore la pension de base de 1,25 % par trimestre supplémentaire travaillé au-delà du taux plein et de l'âge légal, sans plafond. Quatre trimestres de surcote représentent donc 5 % de pension de base en plus, définitivement acquis.

Peut-on partir avant l'âge légal ?

Oui, dans les dispositifs de départ anticipé : carrière longue, incapacité permanente, travailleur handicapé, ou catégorie active dans la fonction publique. Chacun a ses conditions propres de durée et d'âge de début d'activité.

Si je continue à travailler après le taux plein, ma pension augmente-t-elle deux fois ?

Elle augmente par la surcote et, dans certains cas, par l'amélioration du salaire annuel moyen si les années supplémentaires figurent parmi les vingt-cinq meilleures. Les deux effets se cumulent, mais le second est souvent nul en fin de carrière.